Témoignage : Expatriation en Irlande

Une française a testé pour vous le programme ERASMUS à Dublin

Blog un Grand Bol D'Eire Cela faisait des mois que la rédaction de Guide-Irlande.com suivait pas à pas le blog "Un Grand Bol d'Eire" de Sophie Carbonnel, une française _aujourd'hui journaliste pour Sud-Ouest_ qui, lors de ses années étudiantes, a fait le choix d'opter pour le programme ERASMUS dans la ville de Dublin.

Aujourd'hui revenue de son séjour universitaire en Irlande, elle a accepté de nous donner quelques conseils et retours sur son expérience dublinoise pour vous guider si vous souhaitez vous aussi, tenter une expatriation irlandaise réussie !

Voici donc ses impressions à chaud, ainsi que le bilan de cette aventure, de plus en plus pratiquée par les étudiants français...


Guide Irlande.com : Bonjour, et merci de nous accorder cette interview. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Sophie Carbonnel J’ai 23 ans, je suis originaire d’un petit village du Lot-et-Garonne, Saint-Vite, et j’étudiais l’année dernière à l’University College Of Dublin, en ERASMUS, en master 2 Recherche en Etudes Littéraires. Ayant fini mes études universitaires, je vais enseigner le Français, le Latin et le Grec en septembre en collège et lycée, et en parallèle demander un CDD au journal Sud Ouest pour lequel je pratique le métier de journaliste depuis maintenant deux ans.

Guide Irlande.com : Vous avez vécu en Irlande durant plusieurs mois dans le cadre d'ERASMUS. Pourquoi avoir choisit l'Irlande plutôt qu'un autre pays ?

Evidemment pour l’anglais qui, je pense, est aujourd’hui une porte d’entrée dans le monde du travail et tout particulièrement dans le journalisme. Depuis longtemps, j’avais une image, certes fausse, d’une Irlande très rurale et pour l’apprentissage de la langue, il me semblait indispensable de m’immerger entièrement dans ce nouvel environnement. Par son agitation et sa grandeur, Londres me faisait trop peur. J’hésitais entre l’Ecosse et l’Irlande.

Finalement, mon choix définitif s’est aussi fait grâce à l’image festive que m’évoquait Dublin.

Guide Irlande.com : Les formalités d'entrée en Irlande en tant qu'adhérent au programme ERASMUS sont-elles très contraignantes pour un ressortissant français ?

De façon générale, et pas seulement pour l’Irlande, le plus compliqué est finalement d’organiser son voyage. Surtout l’administratif. Je crois presque que pour se donner une idée, le film de Klapich, « L’Auberge Espagnole » présente de façon très claire les multiples étapes éprouvantes (psychologiquement) que doit franchir l’étudiant pour être en règles avant le départ. Pour le reste, non, rien de contraignant.

Guide Irlande.com : La vie d'étudiante française implique-t-elle de disposer d'un solide budget pour joindre les deux bouts dans une ville comme Dublin, où est-il impératif de trouver un travail en complément ?

Comme tout pays anglophone, la vie est très chère en Irlande. Dès que je suis arrivée, j’ai tout de suite voulu trouver un job. Mon père m’avait donnée 3000 € en septembre pour trois mois. Arrivée au 18 décembre, jour de mon vol pour la France, il ne me restait plus que quelques centimes en poche.... Je vivais dans une maison en centre-ville de Dublin avec deux personnes. Le loyer mensuel était de 435 euros. Nous avions des factures de gaz et d’électricité à 300 euros par mois en plein hiver ! En rajoutant l’abonnement internet, la nourriture, et tous les petits besoins nécessaires à l’entretien d’une maison, il fallait bien compter environ 600 euros par mois de dépenses par personne. En janvier j’ai reçu deux bourses, l’une du Conseil Européen et l’autre du Conseil Général du Lot-et-Garonne. Au total, 3500 euros. C’est la seule rentrée d’argent que j’ai reçu durant mon séjour.

Je pense qu’il est indispensable de trouver un job sur Dublin pour pouvoir en profiter. Je n’étais pas à plaindre mais même avec l’argent que mon père m’envoyait, j’avais du mal à finir les mois sans découverts. Tous les petits détails du quotidien sont une ruine en général. Il faut revoir ses habitudes alimentaires, la viande et le poisson étant presque un produit de luxe. L’explication vient du fait que le pouvoir d’achat des Irlandais est plus élevé que celui des Français pour la simple raison que le salaire mensuel est sensiblement plus conséquent. En l’occurrence, travailler à Dublin permet de revenir à un niveau de vie acceptable.

Guide Irlande.com : Votre expérience d'expatriée s'est essentiellement déroulée à Dublin. Pouvez-vous nous dire si Dublin est une ville agréable ?

Je suis née à la campagne et j’y ai vécu pour l’instant les ¾ de ma vie. Dublin est une capitale à échelle humaine. Je traversais le centre ville intra muros en 30 minutes. Les rues sont larges, facilement identifiables et mémorisables. C’est pourquoi je me suis sentie tout de suite bien. A la recherche d’un appartement pendant ma première semaine d’arrivée, j’ai parcouru Dublin de long en large pour les visites. Au bout de deux jours, j’arrivais très facilement à me repérer. Ca m’a rassurée. L’effervescence des très grandes villes comme Paris ou Londres m’effraie. Pourtant Dublin est une ville très active, toujours en mouvement. Beaucoup de bus, de taxis, du monde sur les trottoirs, dans les pubs,… Les magasins sont ouverts tous les jours, même le dimanche. De surcroit, Dublin bouge. Le seul moment où la ville se vide complètement, c’est vers 2h30 du matin, à la sortie des pubs. Les avenues se transforment alors en "No man’s land".

En terme de météorologie, il est temps de détruire une légende, non, il ne pleut pas tous les jours à Dublin ! Oui, la grisaille et surtout le vent ne permettent pas de bonnes températures, mais dès que le soleil sort, la chaleur est forte. Evidemment, Dublin est aussi le royaume de Guinness et, par la même occasion, des pubs. Le fait de boire une pinte apporte, sans aucun doute, de la bonne humeur et les Irlandais sont des gens très sociables et très sympathiques. On sent une euphorie dans les rues de Temple Bar dès 17h. Tous les ingrédients sont là pour combattre le froid et passer une soirée des plus agréables.

Guide Irlande.com : Vous y êtes vous facilement intégrée ?

S’il n’y a qu’une chose que je dois regretter de Dublin, c’est de ne pas avoir su en profiter plus tôt. J’ai passé les trois premiers mois dans un état d’esprit pas vraiment très positif. Je n’arrivais pas à m’adapter, je ne connaissais pas grand monde, mon anglais n’était pas assez bon pour engager de véritables conversations, et je vivais avec deux colocataires bien plus âgés que moi pas très folkloriques… Pourtant, j’ai profité de ces moments pour m’aérer et découvrir les secrets de Dublin. Très rapidement, j’ai fini par connaître la ville et ses monuments, visiter les musées essentiels et j’étais toujours désireuse de voir de nouvelles expositions, des choses insolites comme le marché aux chevaux. C’est en janvier que j’ai vraiment eu le courage de sortir de ma léthargie et que j’ai rencontré des gens formidables. A partir de là, le départ était donné à toute sorte d’amusements, de rencontres et de découvertes.

Guide Irlande.com : La présence d'une communauté française à Dublin vous a-t-elle aidé à trouver vos marques ?

Dès que je suis arrivée, j’ai voulu prendre contact avec les administrations françaises sur place. En l’occurrence, l’ambassade. J’allais aussi régulièrement au début à la bibliothèque de l’ambassade pour emprunter des livres et des dvd. L’effort d’acclimatation était encore difficile à ce moment là. Et puis ensuite, j’ai rencontré mes homologues ERASMUS avec qui j’ai de suite sympathisé. Normal, on se rapproche des gens qui ont la même langue que vous.

Ca m’a certainement bien rassurée de pouvoir découvrir la ville et les mœurs dublinoises en même temps qu’eux. Je me sentais moins seule… Et quand on est assez sûr de soi au niveau de la langue et des lieux, on peut enfin se lancer. Au fil des mois, j’avoue que je commençais à être sensiblement énervée dès que je croisais des français. Mais il a bien fallu s’y faire. Dublin regorge de Frenchies et il est impossible de ne pas en croiser sur O’Connell Street. Dans ces cas-là, c’est parfois difficile de s’immerger. Il faut absolument avoir la force de se séparer de ses premières connaissances françaises pour pouvoir pratiquer sérieusement la langue et s’intégrer.

Guide Irlande.com : Comment occupiez-vous votre temps libre en temps normal ?

Sophie Carbonnel

Au début de l’année, j’emportais mon Cartoville avec moi et je me baladais dans les rues. Au fur et à mesure, j’ai vite fait le tour de Dublin. Il me fallait autre chose. Alors j’ai commencé à chercher les choses un peu insolites, je voulais absolument entretenir mon blog. Vers le milieu de l’année, j’ai vraiment bien sympathisé avec un groupe de personnes et, avec le retour des beaux jours, nous allions nous retrouver sur les bords de la Liffey pour un "latte" (l’expresso est vraiment trop petit et trop cher !). Le soir, c’était généralement rassemblement à la maison pour le diner, pubs et parfois boites de nuit. Nous avions le désir de faire le plus de pubs possible. C’est très sympa de chercher à voir les bons vieux pubs typiques...

Guide Irlande.com : Quels sont les points négatifs et positifs que vous retenez de cette expérience ?

Personnellement, je regrette le fait de n’avoir presque côtoyé que des français tout au long de l’année, même si ce sont des personnes extraordinaires. Mais évidemment mon assimilation de la langue en a pâti. Il faut aussi bouger de Dublin. Une location de voiture à 4 ou 5 personnes ne revient vraiment pas chère. Comme Paris pour la France, Dublin ne représente pas l’Irlande. Même à 20 minutes en RER, il y a le port de Howth avec ses phoques et ses grandes falaises. Pas besoin d’aller forcément au Connemara. Un autre point qui nous a souvent déconfis, c’est l’heure de fermeture des pubs. 2h grand max pour les plus téméraires… Mon voyage en Irlande m’a élargie l’esprit et mon envie de prendre le large. Je n’ai pas forcément envie de partir à l’autre bout du monde, mais j’ai envie de rencontrer de nouvelles terres, de nouvelles personnes, de nouvelles langues. On ne ressort jamais inchangé de ce genre d’expérience. J’ai mis du temps à me sentir chez moi à Dublin mais le fossé d’acclimatation dépassé, j’ai vraiment voulu tout voir et tout savoir de cette ville.

Guide Irlande.com : Avez-vous quelques conseils pour nos futurs expatriés ?

Je me répète mais pour en avoir fait l’erreur, je conseille à ceux qui arrivent de ne pas avoir peur de sortir seul si on l’est au départ, dans un pub et de discuter le plus possible avec les autochtones. Les Irlandais sont des gens tellement communicatifs qu’il est impossible de se faire snober. Il faut avoir le courage de se dire que cette situation ne va pas s’éterniser et si on se donne les moyens, on peut ne rien regretter. Pour ma part, j’ai eu trop de mal à couper avec la France, à vraiment profiter de mon voyage dès le départ et j’ai perdu du temps. Si c’était à refaire, c’est tout ce que je changerai.