Elle possède de longues cornes, une épaisse fourrure capable d’affronter la pluie irlandaise et une histoire qui remonte à plusieurs millénaires. Pourtant, l’Old Irish Goat, l’ancienne chèvre irlandaise, a bien failli disparaître.
Dans le comté de Mayo, une poignée de passionnés tente aujourd’hui de sauver cette race étroitement liée aux paysages ruraux de l’île. Et l’animal ne se contente plus d’être un témoin vivant du passé : il participe désormais à la protection de certains espaces naturels irlandais.
À l’occasion de la National Heritage Week 2026, l’Old Irish Goat revient justement sous les projecteurs. Une soirée consacrée à son ADN ancien est organisée le vendredi 21 août à Mulranny, sur la côte sauvage du Mayo.
Une chèvre irlandaise héritée d’un passé très ancien
L’Old Irish Goat s’est adaptée pendant des siècles aux paysages de l’île
Son allure ne passe pas inaperçue. Une épaisse fourrure, une barbe parfois impressionnante et de longues cornes donnent à certains individus un aspect presque préhistorique.
L’Old Irish Goat est une race rustique façonnée par les conditions difficiles rencontrées sur l’île. Elle possède notamment un sous-poil épais de type cachemire, protégé par un poil extérieur plus long et résistant aux intempéries.
Cette particularité lui permet de supporter le froid, l’humidité et les changements rapides de météo caractéristiques de l’ouest de l’Irlande.
Elle est également capable de se déplacer sur des terrains accidentés et de se nourrir d’une végétation sauvage relativement pauvre, là où certaines races domestiques modernes seraient beaucoup moins à l’aise.
Une race que l’on croyait presque perdue
Des chèvres anciennes retrouvées dans les montagnes de Mulranny
L’histoire récente de l’Old Irish Goat ressemble presque à une redécouverte.
L’Old Irish Goat Society avait initialement été créée dans le Burren, dans le comté de Clare, en 2006. Mais c’est dans le Mayo que le projet de sauvegarde va véritablement prendre de l’ampleur.
En 2012, des chèvres présentant les caractéristiques de l’ancien type irlandais sont identifiées au sein d’un troupeau vivant dans les montagnes autour de Mulranny.
Des spécialistes commencent alors à étudier ces animaux et des analyses génétiques sont entreprises afin de mieux comprendre leur origine.
Une population destinée à la conservation est progressivement constituée. Dès le printemps 2013, une nouvelle génération de chevreaux naît dans le cadre du programme de sauvegarde.
Pourquoi leur ADN intéresse aujourd’hui les chercheurs
Une conférence spéciale organisée le 21 août dans le Mayo
C’est précisément cette histoire génétique qui sera mise à l’honneur pendant la National Heritage Week.
Le vendredi 21 août 2026, l’Old Irish Goat Society organise à Mulranny un événement intitulé Ancient DNA of the Old Irish Goat.
La rencontre doit permettre d’explorer ce que la génétique peut révéler sur l’histoire de cette population et, plus largement, sur le patrimoine animal de l’Irlande.
L’événement se déroulera de 20 h à 21 h au Old Convent de Mulranny, dans le comté de Mayo.
Une actualité scientifique qui prend une dimension particulière lorsque l’on sait à quel point la survie de cette ancienne population a longtemps été incertaine.
Ces chèvres sont devenues des alliées contre les incendies
Un animal ancien au service d’une problématique très moderne
C’est probablement l’aspect le plus surprenant de l’histoire.
Sauver l’Old Irish Goat ne consiste pas uniquement à conserver une race dans un sanctuaire. Ses caractéristiques naturelles sont aujourd’hui utilisées pour entretenir certains paysages de manière écologique.
Les chèvres consomment notamment des broussailles, des fougères et différents végétaux qui peuvent coloniser les landes.
En contrôlant cette végétation, elles peuvent contribuer à réduire la quantité de matière combustible présente au sol et participer ainsi à la prévention des incendies dans certains environnements.
Cette technique porte le nom de conservation grazing, ou pâturage de conservation.
À Howth, des chèvres protègent les landes près de Dublin
Un troupeau a été réintroduit sur Howth Head
Le projet a même gagné la région de Dublin.
En 2021, un troupeau initial de 25 Old Irish Goats provenant du troupeau national de Mulranny a été installé sur Howth Head, dans la réserve de biosphère de la baie de Dublin.
Le secteur avait connu plusieurs incendies de broussailles. L’objectif était donc de réintroduire un mode d’entretien naturel autrefois courant dans ces paysages.
Les chèvres consomment notamment l’ajonc et les fougères, permettant de maintenir certaines zones plus ouvertes et de réduire l’accumulation de végétation inflammable.
Le projet associe même cette méthode ancestrale à une technologie particulièrement moderne : un système de clôture virtuelle permet de gérer les zones dans lesquelles évolue le troupeau.
Elles peuvent également combattre des plantes invasives
Une expérimentation menée contre la Gunnera dans l’ouest de l’Irlande
L’Old Irish Goat possède un autre talent particulièrement intéressant pour la protection des paysages.
Dans l’ouest de l’Irlande, des chèvres ont été utilisées pour lutter contre Gunnera tinctoria, une immense plante invasive originaire d’Amérique du Sud parfois surnommée « rhubarbe géante ».
La plante peut former de vastes peuplements et concurrencer fortement la végétation locale.
Lors d’un projet expérimental lancé en 2021, les chèvres ont consommé les feuilles et les tiges de Gunnera. L’expérience a ensuite été poursuivie afin d’étudier l’intérêt de cette méthode naturelle pour contrôler l’espèce invasive.
Plutôt que d’utiliser uniquement des machines ou des traitements, les gestionnaires peuvent ainsi exploiter le comportement alimentaire naturel d’une race parfaitement adaptée au terrain.
Peut-on voir l’Old Irish Goat pendant un voyage en Irlande ?
Oui : un centre lui est consacré à Mulranny
Bonne nouvelle pour les voyageurs : cette histoire ne se découvre pas uniquement dans les livres.
L’Old Irish Goat Centre accueille le public à Mulranny, dans le comté de Mayo, directement sur la Wild Atlantic Way.
Le centre permet de rencontrer les animaux, de découvrir leur histoire et de comprendre le programme mis en place pour préserver la race.
Des expositions interactives ainsi qu’un court documentaire permettent également d’explorer les liens entre ces chèvres, les paysages irlandais et les anciennes pratiques rurales.
En été, le centre annonce une ouverture quotidienne de 10 h à 16 h de juillet à septembre. Il est cependant recommandé de vérifier les horaires avant de faire le déplacement.
Mulranny, entre Westport et Achill Island
Une étape facile à intégrer à un road trip dans le Mayo
Le village de Mulranny se trouve sur la côte du Mayo, entre Newport et Achill Island.
Sa situation est particulièrement intéressante pour les voyageurs parcourant l’ouest de l’Irlande : le village est traversé par la Wild Atlantic Way et se trouve également sur l’itinéraire de la Great Western Greenway.
La visite de l’Old Irish Goat Centre peut ainsi facilement être combinée avec une journée à Achill Island ou un séjour autour de Westport.
Le centre est installé à Mulranny, Co. Mayo, et l’association conseille de préparer sa visite à l’avance lorsque l’on souhaite rencontrer les chèvres.
Peut-on également voir les chèvres à Howth ?
Oui, mais il s’agit d’animaux au travail et non d’une attraction touristique
Les voyageurs séjournant à Dublin peuvent parfois apercevoir le troupeau présent sur Howth Head depuis les sentiers de randonnée.
Il faut cependant respecter une règle essentielle : ces chèvres participent à un programme de gestion écologique et ne doivent pas être approchées comme des animaux domestiques.
L’Old Irish Goat Society demande aux promeneurs de conserver une distance minimale de 30 mètres et surtout de maintenir les chiens en laisse à proximité du troupeau.
Le meilleur endroit pour découvrir les animaux de près et comprendre leur histoire reste donc le centre de Mulranny.
Une survivante devenue protectrice des paysages irlandais
Quand la sauvegarde du patrimoine rejoint la protection de la nature
L’histoire de l’Old Irish Goat raconte finalement beaucoup plus que celle d’une race animale menacée.
Elle montre comment un élément presque oublié du patrimoine rural peut retrouver une fonction dans l’Irlande contemporaine.
Longtemps associée aux petites exploitations et aux paysages pauvres de l’ouest, cette chèvre rustique est désormais utilisée pour protéger la biodiversité, contrôler certaines espèces invasives et limiter l’accumulation de végétation susceptible d’alimenter des incendies.
À Mulranny, les visiteurs peuvent aujourd’hui regarder ces animaux dans les yeux. Derrière leurs longues cornes et leur épaisse fourrure se cache une partie étonnamment vivante de l’histoire naturelle de l’Irlande.


