La Guerre d’Indépendance irlandaise
Culture

La Guerre d’Indépendance irlandaise

Indépendance irlandaise
Guerre d'indépendance à Dublin - Domaine public

De l’embuscade de Soloheadbeg au traité de Londres, découvrez comment une guérilla clandestine bouleversa le destin de l’Irlande.

La guerre d’indépendance irlandaise se déroule principalement entre janvier 1919 et juillet 1921. Elle oppose l’Armée républicaine irlandaise, ou IRA, aux forces de la Couronne britannique : armée régulière, Royal Irish Constabulary, Black and Tans et Auxiliaries.

Plus qu’une succession de batailles, le conflit prend la forme d’une guerre de guérilla. Embuscades, opérations de renseignement, arrestations, représailles et destructions rythment ces deux années et demie de lutte. Dans le même temps, les indépendantistes tentent de bâtir un État parallèle, doté de son propre Parlement, de tribunaux et d’une administration.

La trêve du 11 juillet 1921 met fin aux combats. Quelques mois plus tard, le traité anglo-irlandais ouvre la voie à la création de l’État libre d’Irlande. L’accord ne répond cependant pas à toutes les aspirations républicaines et provoque une nouvelle fracture, bientôt suivie par la guerre civile irlandaise.

Les origines de la guerre d’indépendance irlandaise

Plusieurs siècles de domination et de résistances

Des membres des Irish Volunteers avant la guerre d’indépendance irlandaise - Domaine public

Des Irish Volunteers – Domaine public

Les origines du conflit remontent bien au-delà de 1919. L’intervention anglo-normande en Irlande commence au XIIe siècle, avant que l’autorité anglaise, puis britannique, ne s’étende progressivement sur l’ensemble de l’île.

Les confiscations de terres, les plantations de colons britanniques, les discriminations religieuses et les répressions successives alimentent un profond ressentiment. Plusieurs soulèvements éclatent, notamment en 1798, en 1803, en 1848 et en 1867, sans parvenir à mettre fin à la domination britannique.

Au XIXe siècle, une partie du mouvement nationaliste privilégie une stratégie parlementaire. Son principal objectif devient le Home Rule, un projet d’autonomie interne qui aurait permis à l’Irlande de disposer de son propre Parlement tout en demeurant dans le Royaume-Uni.

Plusieurs projets sont présentés à partir des années 1880. Les deux premiers échouent, mais un troisième texte est finalement adopté en septembre 1914. Son application est immédiatement suspendue en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Le Home Rule n’accorde pas l’indépendance à l’Irlande. Il prévoit seulement une autonomie limitée, tandis que Londres conserve notamment le contrôle de la défense et des affaires étrangères.

La crise du Home Rule

La militarisation des nationalistes et des unionistes

Le projet d’autonomie provoque une vive opposition dans le nord-est de l’Irlande. Une grande partie des protestants unionistes d’Ulster craint de se retrouver minoritaire dans une Irlande gouvernée depuis Dublin.

En 1912, près d’un demi-million de personnes signent l’Ulster Covenant et les déclarations associées pour s’opposer au Home Rule. L’année suivante, les unionistes fondent l’Ulster Volunteer Force, ou UVF. Cette organisation paramilitaire rassemble environ 100 000 membres à son apogée, même si tous ne sont pas armés ou mobilisables.

En réponse, les nationalistes créent les Irish Volunteers en novembre 1913. Leur objectif initial consiste à défendre l’application du Home Rule. Une organisation socialiste plus réduite, l’Irish Citizen Army, avait également été fondée à Dublin pour protéger les ouvriers durant le conflit social de 1913.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le mouvement des Irish Volunteers se divise. La majorité suit le dirigeant nationaliste John Redmond et accepte de soutenir l’armée britannique. Une minorité conserve le nom d’Irish Volunteers et refuse de participer à l’effort de guerre britannique.

C’est au sein de cette minorité que se prépare l’insurrection de Pâques 1916.

L’insurrection de Pâques 1916

Un échec militaire devenu tournant politique

Dublin après l’insurrection de Pâques 1916 - Domaine public

Dublin après l’insurrection de Pâques – Domaine public

Le 24 avril 1916, plusieurs centaines de membres des Irish Volunteers, de l’Irish Citizen Army et de l’organisation clandestine Irish Republican Brotherhood prennent le contrôle de bâtiments stratégiques à Dublin.

Depuis la poste centrale, Patrick Pearse proclame la République irlandaise. James Connolly commande pour sa part les forces rebelles de Dublin. D’autres opérations sont organisées dans plusieurs comtés, mais le soulèvement reste essentiellement concentré dans la capitale.

Après six jours de combats, les insurgés capitulent face à la supériorité militaire britannique. Une partie du centre de Dublin est détruite et plusieurs centaines de combattants et de civils ont été tués.

L’insurrection ne constitue pas encore le début de la guerre d’indépendance. Elle en est toutefois l’un des principaux préludes.

Dans les semaines qui suivent, les autorités britanniques exécutent 15 dirigeants du soulèvement à Dublin. Roger Casement, arrêté avant l’insurrection, est pendu à Londres en août 1916. Des milliers de personnes sont également arrêtées ou internées.

Au départ, une partie de la population irlandaise avait accueilli le soulèvement avec incompréhension, voire hostilité. La sévérité de la répression transforme progressivement l’opinion. Les insurgés apparaissent désormais comme les martyrs d’une cause nationale.

Michael Collins, qui avait combattu dans la poste centrale, n’échappe pas de justesse à une exécution contrairement à ce qu’affirment parfois certains récits. Son rôle dans l’insurrection reste alors secondaire. Il est arrêté, interné au camp de Frongoch, au pays de Galles, puis libéré en décembre 1916.

La victoire électorale du Sinn Féin

La naissance du premier Dáil Éireann

En décembre 1918, le Sinn Féin remporte une victoire écrasante en Irlande lors des élections législatives britanniques. Le parti obtient 73 des 105 sièges irlandais.

Ses élus refusent de siéger au Parlement de Westminster. Le 21 janvier 1919, ceux qui ne sont ni emprisonnés ni en fuite se réunissent à la Mansion House de Dublin et constituent leur propre assemblée : le Dáil Éireann.

Le premier Dáil proclame l’indépendance de l’Irlande et revendique la souveraineté sur l’ensemble de l’île. Il adopte également un programme démocratique et adresse un message aux nations du monde afin d’obtenir une reconnaissance internationale.

Les actes et débats de cette séance fondatrice sont conservés par les archives du Parlement irlandais.

Le gouvernement britannique refuse de reconnaître cette assemblée, qui est ensuite déclarée illégale. Deux pouvoirs commencent alors à se faire face : l’administration britannique officielle et la République irlandaise proclamée par le Dáil.

Le début de la guerre en janvier 1919

L’embuscade de Soloheadbeg

Le même jour que la première réunion du Dáil, le 21 janvier 1919, des membres des Irish Volunteers attaquent un convoi transportant des explosifs à Soloheadbeg, dans le comté de Tipperary.

Deux policiers de la Royal Irish Constabulary, James McDonnell et Patrick O’Connell, sont tués. L’opération est notamment menée par Dan Breen, Seán Treacy, Séumas Robinson et Seán Hogan.

L’attaque n’avait pas été autorisée par le Dáil et ne résultait pas d’un ordre national donné par Michael Collins. Elle est néanmoins généralement considérée comme le premier affrontement de la guerre d’indépendance.

Les Irish Volunteers sont progressivement désignés sous le nom d’Irish Republican Army, ou IRA. Leur relation avec le gouvernement du Dáil reste parfois ambiguë : les autorités politiques cherchent à exercer un contrôle sur une organisation composée de nombreuses brigades locales jouissant d’une importante autonomie.

Une guerre de guérilla

Les colonnes volantes face aux forces britanniques

Combattants pendant la guerre d’indépendance irlandaise - Domaine public

Guerre d’indépendance irlandaise – Domaine public

L’IRA ne possède ni les effectifs ni l’armement nécessaires pour affronter l’armée britannique lors de batailles conventionnelles. Elle adopte donc une stratégie de guérilla fondée sur la mobilité et la connaissance du terrain.

De petites unités appelées flying columns, ou colonnes volantes, organisent des embuscades contre les patrouilles, attaquent les casernes et saisissent des armes. Elles se déplacent dans les campagnes avec l’aide de réseaux locaux chargés de fournir nourriture, hébergement et renseignements.

Les combats sont particulièrement intenses dans les comtés de Cork, Kerry, Tipperary, Clare, Limerick et Dublin. Tom Barry devient l’un des commandants les plus connus du conflit après plusieurs opérations menées par la West Cork Brigade.

L’embuscade de Kilmichael, le 28 novembre 1920, se solde par la mort de 17 membres de l’Auxiliary Division. Quelques mois plus tard, en mars 1921, l’embuscade de Crossbarry permet à une centaine de combattants de l’IRA d’échapper à une vaste opération britannique dans l’ouest du comté de Cork.

Dans d’autres régions, l’IRA demeure moins active. L’intensité de la guerre varie donc considérablement selon les comtés.

Michael Collins et la guerre du renseignement

Un réseau clandestin au cœur de Dublin

Michael Collins occupe plusieurs fonctions essentielles. Il est ministre des Finances de la République proclamée, directeur de l’organisation des Volunteers et surtout directeur du renseignement de l’IRA.

Il développe un réseau d’informateurs jusque dans les services administratifs et policiers britanniques. Les renseignements recueillis permettent à l’IRA d’anticiper des arrestations, de protéger ses dirigeants et d’identifier les agents travaillant contre le mouvement républicain.

Collins met également en place une unité clandestine connue sous le nom de Squad. Celle-ci est chargée de neutraliser les agents britanniques et les personnes considérées comme des informateurs.

Son importance est considérable, mais Michael Collins ne dirige pas à lui seul toute la guerre. Richard Mulcahy occupe le poste de chef d’état-major de l’IRA, Cathal Brugha celui de ministre de la Défense et de nombreux commandants locaux conduisent leurs opérations avec une grande indépendance.

La mise en place d’un État parallèle

Tribunaux, administration et désobéissance civile

La lutte ne se déroule pas uniquement sur le terrain militaire. Le Dáil cherche à rendre l’administration britannique progressivement inopérante et à la remplacer par les institutions de la République irlandaise.

Des tribunaux républicains sont créés dans différentes régions. Ils règlent des conflits civils, des litiges fonciers et certaines affaires criminelles. Leur succès affaiblit les tribunaux officiels britanniques.

Des autorités locales prêtent allégeance au Dáil, tandis que des collectes permettent de financer le gouvernement clandestin. La population participe également au boycott de la Royal Irish Constabulary.

En mai 1920, des cheminots refusent de transporter des troupes et du matériel militaire britanniques. Cette campagne perturbe les déplacements, même si elle ne paralyse pas totalement les forces de sécurité.

Le conflit devient ainsi une lutte de légitimité. Pour gagner, les indépendantistes doivent montrer qu’ils sont capables non seulement de combattre, mais aussi de gouverner.

Les Black and Tans et les Auxiliaries

Une politique de répression qui radicalise le conflit

Face à l’affaiblissement de la Royal Irish Constabulary, le gouvernement britannique recrute des milliers d’anciens soldats de la Première Guerre mondiale.

Une partie rejoint la police et reçoit le surnom de Black and Tans, en référence à son uniforme composé de pièces vert sombre et kaki. D’anciens officiers intègrent quant à eux l’Auxiliary Division de la RIC, une force distincte et mieux rémunérée.

Ces unités acquièrent rapidement une sinistre réputation. En réponse aux attaques de l’IRA, des maisons, commerces et bâtiments publics sont incendiés. Des civils sont frappés, arrêtés ou tués. Certaines villes, comme Balbriggan et Cork, subissent d’importantes destructions.

En décembre 1920, une partie du centre de Cork est incendiée par des membres des forces de la Couronne après une attaque de l’IRA. L’hôtel de ville et la bibliothèque Carnegie sont notamment détruits.

Les combattants républicains commettent eux aussi des violences contre des policiers, des militaires, des informateurs présumés et certains civils. La guerre s’enfonce progressivement dans une spirale de représailles, où la distinction entre justice, vengeance et intimidation devient parfois difficile à établir.

Le Bloody Sunday du 21 novembre 1920

Une journée sanglante à Dublin

Le matin du 21 novembre 1920, des unités de l’IRA liées au réseau de Michael Collins attaquent plusieurs adresses de Dublin. Leur objectif est de neutraliser des agents et des officiers britanniques impliqués dans le renseignement.

Les personnes visées sont souvent regroupées sous le nom de « Cairo Gang », même si l’origine et l’exactitude de cette appellation demeurent discutées. Quatorze personnes sont tuées lors des opérations du matin et plusieurs autres sont blessées.

Dans l’après-midi, des milliers de spectateurs assistent à un match de football gaélique entre Dublin et Tipperary à Croke Park. Des membres de la Royal Irish Constabulary, notamment des Black and Tans et des Auxiliaries, pénètrent aux abords du stade.

Des policiers ouvrent alors le feu sur la foule. Contrairement à certains récits, aucun char d’assaut ne tire sur les spectateurs. Quatorze personnes meurent et plusieurs dizaines sont blessées. Parmi les victimes figure Michael Hogan, joueur de l’équipe de Tipperary. Une tribune de Croke Park porte aujourd’hui son nom.

Dans la soirée, trois prisonniers, Dick McKee, Peadar Clancy et Conor Clune, sont tués au château de Dublin. Les autorités affirment qu’ils ont tenté de s’évader, une version qui sera largement contestée.

Cette journée, au cours de laquelle une trentaine de personnes perdent la vie, reste connue sous le nom de Bloody Sunday. Elle ne doit pas être confondue avec le Bloody Sunday de Derry, survenu en 1972.

La loi martiale et l’escalade de la violence

Une guerre de plus en plus difficile à contenir

À la fin de l’année 1920, le gouvernement britannique place plusieurs comtés du sud de l’Irlande sous la loi martiale. Les arrestations se multiplient et les forces militaires intensifient leurs opérations.

Les exécutions deviennent également un instrument de répression. Le 1er février 1921, Cornelius Murphy est le premier combattant de l’IRA exécuté par un peloton britannique durant le conflit. D’autres prisonniers sont ensuite fusillés ou pendus.

Le 25 mai 1921, l’IRA incendie la Custom House de Dublin, siège de plusieurs administrations britanniques. L’opération possède une forte valeur symbolique, mais elle se solde par l’arrestation de nombreux combattants républicains.

À l’approche de l’été 1921, aucun camp ne semble en mesure d’obtenir une victoire militaire rapide. L’IRA manque de munitions et subit une pression croissante. Le maintien de dizaines de milliers de soldats et policiers représente parallèlement un coût politique, humain et financier important pour le Royaume-Uni.

La condamnation internationale des violences, l’évolution de l’opinion publique et les tentatives de médiation favorisent progressivement l’ouverture de négociations.

La trêve du 11 juillet 1921

La fin des combats avant les négociations

Des contacts sont établis entre le gouvernement britannique et les représentants irlandais durant le premier semestre de 1921. Éamon de Valera rencontre le Premier ministre David Lloyd George à Londres au mois de juillet.

Une trêve entre en vigueur le 11 juillet 1921. Cette date marque la fin effective de la guerre d’indépendance, même si aucun accord politique définitif n’a encore été trouvé.

Les combattants cessent leurs opérations et les négociations se préparent. Dans les campagnes irlandaises, la trêve est accueillie avec soulagement, mais aussi avec prudence. Beaucoup craignent que les affrontements ne reprennent si les discussions échouent.

Le nombre précis de victimes reste débattu. Les recherches historiques contemporaines recensent plus de 2 000 morts liés au conflit, parmi lesquels des membres de l’IRA, des militaires britanniques, des policiers et de nombreux civils.

Le traité anglo-irlandais de 1921

Un compromis qui divise les indépendantistes

Les négociations officielles s’ouvrent à Londres en octobre 1921. La délégation irlandaise comprend notamment Arthur Griffith, Michael Collins, Robert Barton, Eamonn Duggan et George Gavan Duffy.

Éamon de Valera ne participe pas directement aux discussions, une décision qui fera longtemps l’objet de débats.

Le traité anglo-irlandais est signé dans la nuit du 5 au 6 décembre 1921. Il prévoit la création de l’État libre d’Irlande, doté du statut de dominion au sein de l’Empire britannique. Ce statut offre une large autonomie, comparable à celle du Canada, mais ne correspond pas à la république pleinement souveraine réclamée par les indépendantistes.

Les parlementaires du nouvel État doivent prêter un serment lié à sa Constitution et reconnaître le roi George V dans le cadre de la relation entre l’Irlande et la Couronne. Le Royaume-Uni conserve également provisoirement plusieurs ports stratégiques.

La partition n’est pas créée par le traité. Le Government of Ireland Act de 1920 avait déjà institué l’Irlande du Nord, composée de six comtés. Le traité lui donne la possibilité de ne pas intégrer l’État libre, possibilité que son Parlement utilise en décembre 1922.

Le Dáil ratifie l’accord le 7 janvier 1922 par 64 voix contre 57. Pour Michael Collins et Arthur Griffith, le traité représente une étape permettant d’obtenir davantage de liberté. Pour Éamon de Valera et ses partisans, il constitue un abandon de la République proclamée en 1916.

La guerre d’indépendance s’achève donc sur une victoire incomplète. La majeure partie de l’Irlande obtient sa propre administration et voit les forces britanniques se retirer, mais le pays demeure partagé et conserve un lien avec la Couronne.

Cette fracture déclenche quelques mois plus tard la guerre civile irlandaise. Les anciens compagnons d’armes se retrouvent alors divisés entre partisans et adversaires du traité, donnant naissance à l’un des conflits les plus douloureux de l’histoire contemporaine de l’Irlande.

Guide gratuit de l'Irlande
Guide gratuit

Un projet de voyage en Irlande ?

Recevez gratuitement notre guide numérique et préparez votre séjour grâce à nos conseils, nos bonnes adresses et nos incontournables.

Culture, histoire, sites touristiques, itinéraires et conseils pratiques : tout le meilleur de l'Irlande dans votre boîte mail.