Au matin du lundi 24 avril 1916, Dublin s’éveille dans le calme relatif du week-end de Pâques. Les tramways circulent encore et les passants ignorent qu’au même moment, des hommes et des femmes armés convergent vers plusieurs bâtiments stratégiques. Peu après midi, des volontaires pénètrent dans la Poste centrale d’O’Connell Street. Devant l’édifice, Patrick Pearse lit un texte qui proclame une République irlandaise indépendante.
L’Insurrection de Pâques 1916, ou Easter Rising, vient de commencer. Pendant six jours, environ 1 600 insurgés affrontent à Dublin les forces britanniques, bientôt renforcées par plusieurs milliers de soldats. Les combats, les bombardements et les incendies transforment une partie du centre-ville en champ de ruines. La majorité des victimes sont des civils pris entre les deux camps.
Militairement, le soulèvement se termine par une défaite. Politiquement, ses conséquences sont immenses. Les exécutions ordonnées après la reddition bouleversent une opinion publique initialement peu favorable aux insurgés. En quelques années, l’événement contribue à faire basculer l’Irlande du nationalisme parlementaire vers la revendication d’une indépendance complète.
L’Insurrection de Pâques est une révolte armée organisée pendant la Première Guerre mondiale par une minorité de républicains irlandais. Son objectif est de mettre fin à la domination britannique et d’établir une République souveraine sur l’ensemble de l’île.
L’expression française « Pâques sanglantes » est parfois employée, mais elle ne constitue pas la désignation historique la plus courante. En Irlande comme dans les travaux universitaires, l’événement est principalement appelé Easter Rising, 1916 Rising ou Insurrection de Pâques.
Le soulèvement ne fut pas organisé par l’Irish Republican Army telle qu’elle apparut pendant la guerre d’indépendance. Les principales forces engagées en 1916 étaient les Irish Volunteers, l’Irish Citizen Army, l’organisation féminine Cumann na mBan et, dans une moindre mesure, le mouvement de jeunesse Fianna Éireann.
À l’intérieur des Irish Volunteers, le véritable moteur clandestin de l’insurrection était l’Irish Republican Brotherhood, ou IRB, une organisation révolutionnaire secrète fondée au XIXe siècle.
En 1916, l’ensemble de l’île d’Irlande appartient au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. Depuis l’Acte d’Union entré en vigueur en 1801, le Parlement irlandais a disparu et les affaires de l’île sont administrées depuis Londres.
Au XIXe siècle, le nationalisme irlandais emprunte plusieurs voies. Certains mouvements réclament l’abrogation de l’Union ou une autonomie obtenue par des moyens parlementaires. D’autres, héritiers des rébellions de 1798 et de 1803, considèrent que seule une révolution armée pourra établir une république.
Au début du XXe siècle, la majorité du mouvement nationaliste soutient encore le Home Rule, un projet d’autonomie interne laissant l’Irlande au sein du Royaume-Uni. Une loi finit par être adoptée en 1914, mais son application est suspendue avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Cette attente nourrit la frustration d’une minorité républicaine. Pour ses membres, la guerre européenne représente une occasion exceptionnelle : le Royaume-Uni mobilise ses forces sur le continent et se trouve engagé dans un conflit majeur contre l’Allemagne.
La perspective d’une autonomie irlandaise provoque une vive opposition parmi les unionistes, particulièrement nombreux dans l’Ulster. En 1912, l’Ulster Volunteer Force est créée afin de résister, y compris par les armes, à l’application du Home Rule.
En réaction, les nationalistes fondent les Irish Volunteers à Dublin en novembre 1913. Leur objectif initial consiste à défendre le droit de l’Irlande à obtenir son autonomie.
Une autre force armée existe déjà dans la capitale : l’Irish Citizen Army. Elle est née pendant le grand conflit social de Dublin de 1913 afin de protéger les ouvriers grévistes contre les violences policières. Sous l’influence du socialiste James Connolly, elle associe la lutte pour l’indépendance nationale à un projet de transformation sociale.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, le mouvement des Volunteers se divise. La majorité suit le leader parlementaire John Redmond et soutient l’engagement de soldats irlandais dans l’armée britannique. Une minorité conserve le nom d’Irish Volunteers et refuse de combattre pour le Royaume-Uni.

Volontaires républicains irlandais – Domaine public
La décision de préparer une insurrection est prise clandestinement par un conseil militaire de l’Irish Republican Brotherhood. Son noyau est constitué de sept hommes qui deviendront les signataires de la Proclamation de la République :
Le commandant officiel des Irish Volunteers, Eoin MacNeill, n’est pas informé de tous les détails du complot. Les organisateurs craignent qu’il refuse une opération offensive sans soutien populaire ni perspective réaliste de victoire.
Le conseil prévoit de dissimuler la mobilisation sous la forme de manœuvres militaires programmées pour le dimanche de Pâques. Les volontaires doivent recevoir leurs véritables ordres au dernier moment.
Les insurgés cherchent le soutien de l’Allemagne, ennemie du Royaume-Uni pendant la Première Guerre mondiale. Le diplomate et nationaliste irlandais Roger Casement se rend en Allemagne afin d’obtenir des armes et de former une brigade parmi les prisonniers de guerre irlandais servant dans l’armée britannique.
La brigade espérée ne voit pratiquement pas le jour, mais Berlin accepte d’envoyer une cargaison d’armes. Le navire allemand Libau, camouflé sous l’identité du cargo norvégien Aud, transporte environ 20 000 fusils, des munitions et plusieurs mitrailleuses vers les côtes du Kerry.
La coordination échoue. Le navire ne rencontre pas les volontaires chargés de réceptionner la cargaison et est intercepté par la Royal Navy. Le 22 avril 1916, son capitaine, Karl Spindler, saborde le bâtiment à l’entrée du port de Cork afin d’empêcher les Britanniques de saisir les armes.
Roger Casement, débarqué sur la plage de Banna Strand à bord d’un sous-marin allemand, est arrêté le 21 avril. Affaibli et inquiet des chances de succès, il souhaitait tenter d’empêcher une insurrection qu’il estimait condamnée sans les armes promises.
Informé du projet et de l’échec de la livraison allemande, Eoin MacNeill publie un ordre annulant les manœuvres prévues le dimanche de Pâques. Ce contre-ordre provoque une immense confusion dans les unités à travers le pays.
Le conseil militaire décide malgré tout d’agir. Le soulèvement est repoussé au lundi 24 avril, mais de nombreux volontaires ignorent le changement, obéissent à MacNeill ou ne reçoivent jamais de nouvelles instructions.
Cette désorganisation explique en grande partie le nombre réduit de participants. Les Military Archives ont identifié 2 611 personnes ultérieurement reconnues pour leur participation dans l’ensemble de l’île, mais les effectifs mobilisés simultanément à Dublin furent nettement inférieurs.
Le lundi de Pâques, environ 1 200 insurgés prennent position dans Dublin. Leur nombre augmente ensuite au cours de la semaine pour atteindre approximativement 1 600 combattants.
Peu après midi, Patrick Pearse, James Connolly, Thomas Clarke, Joseph Plunkett, Seán Mac Diarmada et leurs hommes investissent le General Post Office, la Poste centrale située sur Sackville Street, aujourd’hui O’Connell Street. Le GPO devient le quartier général de l’insurrection.
Patrick Pearse lit la Proclamation de la République irlandaise devant le bâtiment. Le texte est signé par les sept membres du conseil militaire et proclame le droit du peuple irlandais à la souveraineté.
La proclamation garantit les libertés civiles et religieuses ainsi que l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, une formulation particulièrement remarquable en 1916. Elle s’adresse aux « hommes et femmes d’Irlande » et promet un gouvernement élu au suffrage de l’ensemble de la population.
La lecture a lieu le lundi 24 avril, et non le mardi 25. Elle n’est pas radiodiffusée en direct. Le lendemain, des insurgés utilisent toutefois une station de télégraphie sans fil afin de transmettre un message annonçant la création de la République.
Les insurgés ne cherchent pas à contrôler uniformément Dublin. Ils occupent plusieurs complexes formant un arc défensif autour du centre-ville et des principales voies d’arrivée des renforts britanniques.
Le quartier général est installé au GPO sous l’autorité de James Connolly et Patrick Pearse. Edward Daly commande le secteur des Four Courts. Thomas MacDonagh prend position dans la biscuiterie Jacob’s, tandis qu’Éamon de Valera occupe Boland’s Bakery et plusieurs bâtiments proches du Grand Canal.
Éamonn Ceannt dirige les volontaires retranchés dans le South Dublin Union, aujourd’hui intégré à St James’s Hospital. Seán Heuston occupe le Mendicity Institution afin de ralentir les soldats venant de la Royal Barracks, devenue Collins Barracks.
L’Irish Citizen Army s’installe à St Stephen’s Green sous les ordres de Michael Mallin et de Constance Markievicz. Lorsque les soldats britanniques prennent position dans les bâtiments dominant le parc, les insurgés se replient dans le Royal College of Surgeons.
Les rebelles s’emparent également de City Hall et tentent d’attaquer Dublin Castle, centre administratif du pouvoir britannique. L’assaut échoue et le château demeure aux mains des autorités.
Michael Collins participe bien à l’Insurrection de Pâques, mais son importance dans la préparation et la direction militaire du soulèvement est parfois exagérée a posteriori.
Âgé de 25 ans, il sert au GPO auprès de Joseph Plunkett. Il observe les décisions du commandement et critique plus tard la stratégie consistant à occuper de grands bâtiments difficiles à évacuer.
Collins deviendra une figure centrale de la guerre d’indépendance grâce à son organisation du renseignement et de la guérilla. En 1916, il ne fait cependant pas partie du conseil militaire et ne compte pas parmi les signataires de la Proclamation.
Le rôle des femmes ne se limita pas à rechercher de la nourriture ou à soigner les blessés. Environ 200 membres de Cumann na mBan et de l’Irish Citizen Army prirent part au soulèvement de Dublin.
Les femmes de Cumann na mBan transportèrent des messages, des armes, des renseignements et des provisions entre les garnisons. Elles organisèrent des postes de premiers secours, participèrent aux évacuations et dissimulèrent ou détruisirent des documents sensibles au moment de la reddition.
L’Irish Citizen Army reconnaissait les femmes comme membres à part entière. Certaines avaient reçu un entraînement militaire et participèrent directement aux combats. Constance Markievicz servit comme officier auprès de Michael Mallin à St Stephen’s Green et au Royal College of Surgeons.
Winifred Carney entra au GPO avec une machine à écrire et un revolver. Secrétaire de James Connolly, elle resta auprès de lui pendant une grande partie des combats. Kathleen Lynn, médecin et membre de l’Irish Citizen Army, participa à l’occupation de City Hall avant de soigner les blessés.
Elizabeth O’Farrell joua un rôle décisif dans les dernières heures. Infirmière et membre de Cumann na mBan, elle porta le message de Patrick Pearse aux autorités britanniques, puis transmit les ordres de reddition aux différentes garnisons.
Plus de 70 femmes furent arrêtées après l’insurrection. La plupart furent rapidement libérées, les autorités britanniques ayant souvent sous-estimé leur engagement politique et militaire.
Constance Markievicz fut condamnée à mort, mais sa peine fut commuée en détention à perpétuité. La décision fut officiellement motivée par son sexe. Elle aurait alors déclaré que ses juges n’avaient même pas eu « la décence » de la fusiller.
Les récits traditionnels de 1916 ont longtemps réduit les femmes à des fonctions auxiliaires. Les archives militaires et les demandes de pension montrent aujourd’hui une réalité beaucoup plus large : elles furent présentes dans la majorité des principaux bastions et participèrent pleinement au mouvement révolutionnaire.

Insurgés irlandais pendant l’Insurrection de Pâques – Domaine public
Les autorités britanniques sont surprises par le déclenchement du soulèvement, mais elles conservent Dublin Castle, les principaux ports et plusieurs infrastructures essentielles. Elles peuvent donc faire venir rapidement des soldats depuis le Curragh, Belfast, Athlone et la Grande-Bretagne.
Au fil de la semaine, le rapport de force devient écrasant. À la fin des combats, environ 16 000 soldats britanniques et un millier de policiers armés sont mobilisés dans la région de Dublin.
L’armée utilise des mitrailleuses, des canons et le bâtiment de Trinity College comme position défensive. La canonnière Helga, remontée sur la Liffey, participe au bombardement de plusieurs positions.
Les tirs d’artillerie et les incendies ravagent Sackville Street et les rues voisines. Le GPO prend feu, tout comme de nombreux commerces du centre. La destruction ne résulte pas uniquement des combats : des pillages se produisent également dans certains quartiers livrés au désordre.
Le mercredi 26 avril, des renforts britanniques fraîchement débarqués à Dún Laoghaire avancent vers le centre par la route de Ballsbridge. Ils se heurtent à une poignée de volontaires retranchés autour de Mount Street Bridge.
Les soldats britanniques lancent plusieurs attaques frontales contre des positions difficiles à repérer. Un petit nombre d’insurgés leur inflige des pertes considérables avant d’être tué, capturé ou contraint de se retirer.
Les estimations varient selon les sources, mais une trentaine de soldats britanniques meurent dans le secteur. Cette bataille illustre à la fois l’efficacité de certaines positions rebelles et le coût humain d’assauts menés sans reconnaissance suffisante.
Le South Dublin Union devient le théâtre de combats rapprochés particulièrement violents. Environ 150 volontaires commandés par Éamonn Ceannt, Cathal Brugha et W. T. Cosgrave occupent une partie de cet immense complexe de bâtiments.
Les affrontements se déroulent dans les cours, les couloirs et les salles où se trouvent encore des malades et des pensionnaires. Malgré les attaques britanniques, une partie de la garnison tient jusqu’à la reddition générale.
Autour de North King Street, près des Four Courts, les soldats progressent maison par maison. Quinze civils sont tués par des membres du South Staffordshire Regiment dans des circonstances assimilées à des exécutions sommaires. Les corps de plusieurs victimes sont dissimulés dans des caves ou sous des décombres.
D’autres civils sont victimes d’actes arbitraires, notamment le pacifiste et journaliste Francis Sheehy-Skeffington, fusillé sans procès avec deux autres hommes sur ordre du capitaine John Bowen-Colthurst.
Le contre-ordre d’Eoin MacNeill limite fortement la mobilisation dans les provinces, mais l’insurrection ne se déroule pas uniquement à Dublin.
Dans le comté de Meath, les volontaires du Fingal Battalion, commandés par Thomas Ashe et Richard Mulcahy, remportent un succès à Ashbourne contre la Royal Irish Constabulary. Il s’agit du principal engagement militaire en dehors de la capitale.
Des volontaires se mobilisent également dans les comtés de Galway, Wexford, Louth, Cork et ailleurs, avec des actions d’ampleur variable. Dans le comté de Galway, plusieurs centaines d’hommes se rassemblent sous la direction de Liam Mellows, mais le manque d’armes et l’arrivée de renforts britanniques empêchent une offensive durable.
Après plusieurs jours de bombardement, le GPO est ravagé par les flammes. James Connolly a été grièvement blessé à la cheville. Les communications entre les différentes garnisons deviennent de plus en plus difficiles.
Le vendredi 28 avril, les occupants évacuent le bâtiment en passant à travers les murs des maisons voisines afin d’éviter les tirs. Ils tentent de rejoindre d’autres positions dans les rues situées au nord du GPO. The O’Rahilly, l’un des fondateurs des Irish Volunteers, est mortellement blessé pendant une sortie.
Le quartier général s’installe finalement au 16 Moore Street. Entouré de blessés et conscient des pertes civiles, Patrick Pearse décide de négocier la reddition.
Le samedi 29 avril, Patrick Pearse accepte une reddition sans condition. Il explique vouloir empêcher une nouvelle destruction de Dublin et la mort d’autres civils.
Elizabeth O’Farrell porte les messages entre le commandement insurgé et les autorités britanniques. Elle accompagne ensuite Pearse lors de la reddition officielle, puis transmet l’ordre de cesser les combats aux autres garnisons.
Certaines unités, qui ont résisté avec succès pendant la semaine, apprennent avec stupeur qu’elles doivent déposer les armes. Les dernières redditions interviennent le dimanche 30 avril.
L’insurrection aura duré six jours dans sa phase principale, du lundi 24 au samedi 29 avril 1916.
Les recherches historiques les plus complètes recensent au moins 485 personnes mortes pendant l’insurrection ou des suites directes des combats.
Plus de 2 600 personnes sont blessées. Les chiffres précis varient selon les méthodes de comptage, mais les civils constituent là encore la grande majorité des victimes.
Des femmes, des personnes âgées et une quarantaine de mineurs figurent parmi les morts. Certains furent pris dans les tirs croisés, d’autres victimes de l’artillerie, de tirs injustifiés ou d’exécutions sommaires.
Ces données rappellent que l’insurrection ne fut pas uniquement l’affrontement héroïque souvent représenté dans les commémorations. Elle fut aussi une bataille urbaine menée au milieu d’une population qui n’avait pas été évacuée.
Les bombardements et les incendies détruisent une grande partie de Sackville Street. Le GPO est éventré et de nombreux commerces ne sont plus que des façades calcinées.
La reconstruction modifie durablement le paysage du centre-ville. Certains bâtiments aujourd’hui perçus comme historiques datent en réalité des années suivant l’insurrection.
Le GPO est restauré et rouvre en 1929. Sa façade conserve encore des impacts attribués aux combats de 1916, devenus des traces visibles de la révolution au cœur de la capitale.

Cour où furent exécutés les dirigeants de 1916 à Kilmainham Gaol – © Paulo Nabas
Dans les jours qui suivent la reddition, les autorités britanniques procèdent à des arrestations massives. Environ 3 430 hommes et 79 femmes sont interpellés, parmi lesquels figurent des participants, des sympathisants et des personnes sans lien direct avec le soulèvement.
Près de 1 800 détenus sont envoyés dans des prisons ou des camps d’internement en Grande-Bretagne. Le camp de Frongoch, au Pays de Galles, devient une véritable école politique et militaire pour une nouvelle génération de républicains.
Michael Collins y développe notamment son réseau. Plusieurs futurs cadres de la guerre d’indépendance y échangent leurs expériences, analysent l’échec de 1916 et préparent de nouvelles formes d’action.
Les procès sont organisés par des cours martiales siégeant à huis clos. Environ 90 condamnations à mort sont prononcées, mais la majorité est ensuite commuée.
Entre le 3 et le 12 mai 1916, quatorze hommes sont exécutés par un peloton d’exécution dans la cour de Kilmainham Gaol. Les sept signataires de la Proclamation figurent parmi eux :
William Pearse, Edward Daly, Michael O’Hanrahan, John MacBride, Michael Mallin, Seán Heuston et Con Colbert sont également fusillés à Kilmainham.
James Connolly est si gravement blessé qu’il ne peut se tenir debout. Il est transporté en ambulance depuis Dublin Castle et attaché à une chaise pour être exécuté. Sa mort, le 12 mai, provoque une émotion considérable.
Les quatorze fusillés de Kilmainham Gaol ne sont pas les seuls exécutés à la suite de l’insurrection. Thomas Kent est fusillé à Cork le 9 mai après la mort d’un policier lors d’une tentative d’arrestation dans la maison familiale.
Roger Casement est jugé pour haute trahison à Londres. Il est pendu à la prison de Pentonville le 3 août 1916. Au total, seize hommes sont exécutés pour leur rôle dans l’Insurrection de Pâques et les événements qui l’entourent.
Éamon de Valera, commandant de la garnison de Boland’s Mill, est condamné à mort, mais sa peine est commuée en détention à perpétuité.
Sa naissance à New York et la possibilité qu’il soit citoyen américain ont probablement joué un rôle, mais elles ne suffisent pas à expliquer cette décision. Les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre et les autorités britanniques souhaitent éviter un incident diplomatique.
D’autres facteurs interviennent : de Valera n’est pas signataire de la Proclamation, son procès intervient après les premières réactions hostiles aux exécutions et le gouvernement britannique commence à comprendre leur effet désastreux sur l’opinion.
Il est donc inexact d’affirmer que sa nationalité américaine l’aurait automatiquement protégé de toute exécution.
L’image d’une population dublinoise soutenant unanimement les insurgés dès le premier jour ne correspond pas à la réalité. De nombreux habitants sont surpris, inquiets ou hostiles.
Des familles ont des proches combattant dans l’armée britannique sur le front européen. D’autres craignent de perdre leur emploi, leur logement ou les allocations versées aux familles de soldats. Les pénuries, les pillages et les destructions alimentent également la colère.
Certains prisonniers sont insultés au moment de leur transfert. L’opinion ne bascule pas immédiatement en faveur de la rébellion.
La répétition des exécutions, la tenue de procès secrets et l’arrestation de milliers de personnes produisent cependant un effet contraire à celui recherché par les autorités.
À mesure que les pelotons d’exécution se succèdent, les insurgés apparaissent moins comme les responsables d’un désastre que comme des hommes sacrifiés pour l’indépendance. Les dernières lettres des condamnés, diffusées dans la presse et les familles, renforcent cette transformation mémorielle.
Le parti Sinn Féin est alors injustement présenté comme l’organisateur du soulèvement. Il n’a pourtant pas préparé l’insurrection et son dirigeant Arthur Griffith n’y a pas participé. Mais cette association erronée attire vers le parti les militants républicains libérés des prisons britanniques.
Lors des élections générales de décembre 1918, Sinn Féin remporte 73 des 105 sièges irlandais à la Chambre des communes. Ses élus refusent de siéger à Londres et établissent à Dublin le premier Dáil Éireann en janvier 1919.
Le Dáil proclame de nouveau l’indépendance. Le même jour, une attaque contre des policiers à Soloheadbeg, dans le comté de Tipperary, marque symboliquement le début de la guerre d’indépendance irlandaise.
Le conflit se poursuit jusqu’à la trêve de juillet 1921. Le traité anglo-irlandais crée l’État libre d’Irlande en 1922, mais laisse six comtés d’Ulster au sein du Royaume-Uni. La partition et le serment à la Couronne divisent le mouvement indépendantiste et conduisent à la guerre civile de 1922-1923.
La République d’Irlande telle qu’elle existe aujourd’hui n’est donc pas créée directement en 1916. L’insurrection ouvre une séquence révolutionnaire qui mène à une indépendance partielle, à la partition de l’île puis, en 1949, à la proclamation officielle de la République d’Irlande.
Le General Post Office reste le principal symbole du soulèvement. C’est ici que la Proclamation fut lue et que le gouvernement provisoire installa son quartier général.
La façade néoclassique domine toujours O’Connell Street. Le bâtiment demeure une poste en activité et abrite également le GPO Museum, consacré à l’histoire de l’insurrection et à la construction de l’Irlande contemporaine.
À quelques minutes de marche, Moore Street conserve le souvenir de l’évacuation du GPO et des dernières heures du commandement insurgé. Le 16 Moore Street, où fut décidée la reddition, n’est pas librement accessible au public.
Kilmainham Gaol est le lieu de mémoire le plus bouleversant associé à 1916. Quatorze dirigeants y furent fusillés en mai.
La visite guidée traverse les cellules, l’aile victorienne et les cours d’exécution. Une exposition présente les lettres, effets personnels et derniers témoignages des condamnés.
La réservation en ligne est indispensable. Les billets ne sont officiellement vendus que par Heritage Ireland et les plateformes de revente ne sont pas autorisées.
À St Stephen’s Green, des plaques rappellent la position occupée par l’Irish Citizen Army. Les insurgés creusèrent des tranchées dans le parc avant de se replier dans le Royal College of Surgeons.
Le collège se trouve toujours sur le côté ouest de la place. Sa façade porte encore des traces attribuées aux tirs de 1916. L’intérieur est un établissement universitaire et ne se visite pas librement.
Dublin Castle constituait le centre de l’administration britannique en Irlande. Les insurgés attaquèrent ses abords dès le début du soulèvement, mais ne parvinrent pas à s’en emparer.
City Hall, situé juste à côté, fut occupé par une unité de l’Irish Citizen Army commandée par Seán Connolly. Celui-ci fut tué peu après le début des combats.
Dublin Castle fut ensuite utilisé pour recevoir des prisonniers et soigner des blessés. James Connolly y passa ses dernières heures avant son transfert vers Kilmainham Gaol.
Les Four Courts, toujours visibles sur les quais de la Liffey, furent occupées par les volontaires d’Edward Daly. Le secteur de North King Street, situé à proximité, connut certains des combats les plus violents.
Les bâtiments historiques de Boland’s Mill ont été en partie intégrés à un vaste programme de réaménagement. Le quartier permet néanmoins de comprendre la position tenue par Éamon de Valera et ses hommes près du Grand Canal.
Le South Dublin Union correspond aujourd’hui au complexe de St James’s Hospital. Seuls quelques bâtiments liés aux combats subsistent et le site hospitalier n’est pas une attraction touristique en accès libre.
Les tarifs varient selon l’âge, la formule et le mode de réservation. Vérifiez les conditions directement sur le site officiel du GPO Museum.
La visite guidée est incluse et dure environ une heure. La réservation préalable sur le site de Heritage Ireland est obligatoire. Les créneaux sont généralement mis en vente 28 jours à l’avance et partent très rapidement.
La salle de lecture s’adresse surtout aux chercheurs et aux personnes menant une enquête familiale. Une prise de contact préalable est recommandée.
Une cérémonie officielle est généralement organisée devant le GPO le dimanche de Pâques. Elle comprend la lecture de la Proclamation de 1916, une cérémonie militaire et le dépôt d’une gerbe par le président de l’Irlande.
La date varie chaque année avec le calendrier pascal. Des restrictions de circulation et de transport peuvent être mises en place autour d’O’Connell Street. Le public peut généralement assister à la cérémonie depuis les zones prévues à cet effet.
Un itinéraire à pied peut commencer au GPO, se poursuivre vers Moore Street, traverser la Liffey jusqu’aux Four Courts, puis rejoindre Dublin Castle et City Hall. St Stephen’s Green et le Royal College of Surgeons complètent le parcours dans le centre.
Kilmainham Gaol se trouve plus à l’ouest et nécessite un trajet en bus, en tramway ou en taxi. Il est préférable de lui réserver un créneau distinct, fixé selon l’horaire du billet.