Musicien de rue devenu chanteur de The Frames, acteur dans Once et lauréat d’un Oscar pour Falling Slowly, Glen Hansard a connu un parcours hors du commun. Pourtant, malgré une reconnaissance internationale, l’artiste n’a jamais rompu le lien qui l’unissait à Dublin, à ses rues et à la scène musicale irlandaise.
Il possédait une voix immédiatement reconnaissable, capable de commencer dans un souffle avant de se transformer en déferlement. Sur scène, Glen Hansard chantait avec tout son corps. Sa guitare acoustique, profondément usée autour de la rosace, semblait elle-même porter les traces des milliers de chansons jouées depuis son adolescence.
La vie de Glen Hansard ressemble à l’un de ces récits que le cinéma peine parfois à rendre crédibles : un jeune Dublinois quitte l’école, chante dans la rue, fonde un groupe de rock, devient acteur presque par hasard, tourne un film indépendant à petit budget puis remporte un Oscar. Mais derrière cette ascension se trouve surtout l’histoire d’un artiste resté attaché à ses origines et à une conception très directe de la musique.
Glen Hansard naît le 21 avril 1970 à Dublin. Il grandit dans la capitale irlandaise à une époque où la ville ne possède pas encore l’image dynamique et cosmopolite qu’elle acquerra au cours des décennies suivantes.
Très jeune, il se passionne pour la musique. L’école, en revanche, ne lui convient guère. Il quitte le système scolaire à l’adolescence et commence à chanter dans les rues de Dublin dès l’âge de 13 ans.
Sa première scène n’est donc ni un pub ni une salle de concert, mais le trottoir. Avec sa guitare, il apprend à attirer l’attention des passants, à maintenir leur intérêt et à continuer de jouer lorsque personne ne semble l’écouter. Cette expérience forge sa manière de se produire : sans distance, avec une intensité immédiate et une attention permanente portée au public.
Le busking occupe une place particulière dans la culture de Dublin. Les artères du centre-ville, notamment Grafton Street, accueillent depuis longtemps des chanteurs, des instrumentistes et des artistes de rue. Glen Hansard appartient à cette tradition, au même titre que plusieurs autres musiciens irlandais qui ont commencé leur parcours face aux passants.
En 1990, Glen Hansard fonde The Frames. Le nom du groupe serait lié aux cadres de bicyclettes que le jeune musicien réparait et conservait chez lui. L’anecdote correspond bien à l’univers d’un artiste alors encore éloigné des studios luxueux et des grandes tournées.
The Frames développe une musique située au croisement du rock indépendant, du folk et d’une écriture particulièrement émotionnelle. Autour de Glen Hansard, la composition du groupe évolue au fil des années, mais plusieurs musiciens participent durablement à son identité.
Le premier album, Another Love Song, paraît en 1991. Il est suivi par Fitzcarraldo, Dance the Devil, For the Birds, Burn the Maps et The Cost.
Le succès de The Frames se construit progressivement. Le groupe rencontre une forte adhésion en Irlande, où ses concerts acquièrent une réputation particulière. Glen Hansard y développe une relation presque conversationnelle avec le public, racontant des histoires entre les morceaux et modifiant parfois le déroulement du spectacle selon l’atmosphère de la salle.
Burn the Maps atteint la première place du classement des albums en Irlande. The Cost, publié en 2006, contient notamment une nouvelle version de Falling Slowly, chanson qui jouera bientôt un rôle déterminant dans la vie du musicien.
En 1991, Glen Hansard apparaît dans The Commitments, film réalisé par Alan Parker d’après le roman de l’écrivain dublinois Roddy Doyle. Il interprète Outspan Foster, guitariste d’un groupe de soul constitué dans les quartiers populaires de Dublin.
Le film devient l’une des œuvres les plus connues consacrées à la scène musicale de la capitale irlandaise. Il rencontre un succès international et contribue à renouveler l’image de Dublin au cinéma.
Glen Hansard conservera toutefois un regard nuancé sur cette première expérience. Il ne cherche pas à devenir acteur et préfère consacrer son énergie à The Frames. Pendant de nombreuses années, The Commitments demeure ainsi son unique rôle important à l’écran.
Il faudra attendre la rencontre entre son univers musical et celui du réalisateur John Carney pour que Glen Hansard revienne véritablement au cinéma.
John Carney, ancien bassiste de The Frames, imagine un film musical intime se déroulant à Dublin. Le projet raconte la rencontre entre un musicien de rue irlandais, qui travaille également dans l’atelier de réparation d’aspirateurs de son père, et une jeune immigrée tchèque passionnée de piano.
Glen Hansard accepte finalement d’incarner le personnage principal. Il donne la réplique à Markéta Irglová, musicienne tchèque avec laquelle il collabore déjà.
Sorti en 2007, Once est réalisé avec un budget limité et dans des décors naturels. Une partie du tournage se déroule dans les rues de Dublin, sans chercher à masquer le rythme ordinaire de la ville. Grafton Street, les commerces, les appartements modestes et les studios d’enregistrement participent pleinement à l’atmosphère du récit.
Le film se distingue des comédies romantiques traditionnelles. La relation entre les deux personnages repose sur la musique, les silences et les occasions manquées. Leurs noms ne sont d’ailleurs jamais prononcés : ils sont simplement présentés comme « le garçon » et « la fille ».
Grâce au bouche-à-oreille, Once devient un succès international. Le public découvre simultanément la voix de Glen Hansard, les compositions du duo et une représentation sensible de Dublin, éloignée des grandes productions cinématographiques.
Au cœur de Once se trouve Falling Slowly, une ballade écrite par Glen Hansard et Markéta Irglová. Dans l’une des scènes les plus célèbres du film, les deux personnages interprètent le morceau dans un magasin de musique de Dublin.
En février 2008, Falling Slowly remporte l’Oscar de la meilleure chanson originale. Glen Hansard et Markéta Irglová montent alors sur la scène du Kodak Theatre de Los Angeles pour recevoir la récompense.
Le contraste est saisissant : moins de deux décennies après ses premières chansons dans les rues de Dublin, l’ancien musicien de rue se retrouve au sommet de l’industrie cinématographique mondiale.
Cette récompense ne transforme pourtant pas Glen Hansard en artiste formaté pour Hollywood. Elle lui apporte une visibilité considérable, mais il continue de privilégier les concerts, les collaborations musicales et les projets à taille humaine.
La collaboration entre Glen Hansard et Markéta Irglová se développe sous le nom de The Swell Season. Le duo, accompagné par plusieurs musiciens, prolonge sur scène l’univers musical de Once.
Un premier album portant le nom de The Swell Season avait été publié avant la sortie du film. Après le succès international de celui-ci, les deux artistes enregistrent Strict Joy, paru en 2009.
Leur relation est à la fois artistique et, pendant un temps, sentimentale. Elle devient également le sujet du documentaire The Swell Season, qui montre les effets parfois difficiles d’un succès rapide sur leur vie privée et leur collaboration.
Même après avoir suivi des trajectoires personnelles distinctes, Glen Hansard et Markéta Irglová continuent ponctuellement de travailler ensemble. En 2025, The Swell Season publie Forward, renouant avec une collaboration commencée plus de vingt ans auparavant.
L’histoire imaginée par John Carney connaît une seconde vie grâce à son adaptation théâtrale. Once devient une comédie musicale dans laquelle les acteurs jouent eux-mêmes les instruments sur scène.
Présenté à Broadway, le spectacle remporte huit Tony Awards en 2012, dont celui de la meilleure comédie musicale. L’adaptation est ensuite jouée dans de nombreux pays.
Le triomphe du spectacle confirme la portée universelle de l’histoire et des chansons écrites par Glen Hansard et Markéta Irglová. Une œuvre née avec peu de moyens dans les rues de Dublin devient ainsi un phénomène international du cinéma puis du théâtre.
En 2012, Glen Hansard publie son premier véritable album solo, Rhythm and Repose. Enregistré à New York, le disque marque une nouvelle étape dans son parcours, sans renier l’intensité acoustique et la dimension narrative de ses précédents projets.
Il poursuit avec Didn’t He Ramble, publié en 2015. L’album est nommé aux Grammy Awards dans la catégorie du meilleur album folk. Suivent notamment Between Two Shores, This Wild Willing et All That Was East Is West of Me Now.
Ses compositions abordent les liens amoureux, la perte, la solitude, le vieillissement et la recherche d’un équilibre. Elles conservent une forme de fragilité, même lorsque les arrangements font intervenir des cordes, des cuivres ou des formations plus importantes.
Sur scène, Glen Hansard demeure avant tout un interprète. Aucun concert ne semble totalement figé. Le chanteur peut interrompre un morceau pour raconter un souvenir, inviter un musicien à le rejoindre ou abandonner momentanément le micro afin de chanter directement devant le public.
Au fil de sa carrière, Glen Hansard tisse des liens avec plusieurs artistes internationaux. Il collabore notamment avec Eddie Vedder, chanteur de Pearl Jam, et participe à différents projets musicaux liés à son univers.
Une amitié artistique se développe également avec Bruce Springsteen. Les deux musiciens partagent la scène à plusieurs reprises. Leur proximité s’explique notamment par une même conception du concert, envisagé comme un récit collectif autant que comme une performance.
Glen Hansard reste parallèlement très présent dans la communauté musicale irlandaise. Il entretient des liens avec Bono, Imelda May, Damien Rice, Hozier et de nombreux artistes issus de générations différentes.
En décembre 2023, il participe aux funérailles de Shane MacGowan et interprète Fairytale of New York avec Lisa O’Neill. Ce moment, largement partagé, témoigne de sa place au sein de la grande famille musicale irlandaise.
Malgré sa carrière internationale, Glen Hansard n’abandonne jamais complètement la musique de rue. À partir de 2010, il participe à l’organisation d’un concert caritatif donné à Dublin la veille de Noël.
L’événement rassemble progressivement plusieurs grands noms de la musique irlandaise. Bono, Hozier, Damien Rice, Imelda May et d’autres artistes viennent chanter afin de soutenir les personnes sans domicile.
Le rendez-vous est notamment associé à la Dublin Simon Community, organisation engagée dans l’accompagnement des personnes sans abri ou menacées de le devenir. Au fil des éditions, plus de deux millions d’euros sont collectés.
Cette mobilisation ne constitue pas une simple opération ponctuelle dans le parcours du chanteur. Elle prolonge directement son histoire personnelle. Glen Hansard avait commencé dans la rue ; devenu célèbre, il choisit d’y revenir pour attirer l’attention sur ceux qui y vivent malgré eux.
Dublin occupe une place centrale dans la vie de Glen Hansard. La capitale irlandaise lui offre ses premières scènes, ses rencontres musicales et les décors de ses principales aventures cinématographiques.
La ville apparaît dans son parcours sous plusieurs visages. Elle est populaire et musicale dans The Commitments, intime et pluvieuse dans Once, festive lors des concerts de The Frames et solidaire pendant les rassemblements de Noël.
Le 2 juillet 2026, Glen Hansard se produit à Trinity College dans le cadre des Trinity Summer Series. Devant environ 5 000 personnes, il donne un concert marqué par son attachement à l’Irlande et à la ville qui l’a vu grandir.
La soirée s’achève avec The Auld Triangle, chanson écrite par Brendan Behan et intimement liée à Dublin. Repris par le public, le morceau prend la forme d’un grand chant collectif au cœur de la capitale.
Glen Hansard meurt le 29 juillet 2026 dans un accident de moto survenu aux environs de Lucan, dans l’ouest de Dublin. Les secours, appelés peu avant 4 h 30, tentent de le soigner sur place, mais son décès est constaté.
Son équipe de management confirme la nouvelle et indique que sa famille est profondément choquée et bouleversée. La Garda Síochána ouvre une enquête afin d’établir les circonstances précises de l’accident.
L’annonce de sa disparition provoque une importante vague d’hommages. Le Taoiseach Micheál Martin salue sa contribution au paysage culturel irlandais. Bruce Springsteen évoque un grand musicien et un homme généreux, tandis que Bono rend hommage à la voix des rues de Dublin.
La Dublin Simon Community rappelle également l’importance de son engagement contre le sans-abrisme. Glen Hansard laisse derrière lui son épouse, la poétesse finlandaise Maire Saaritsa, et leur jeune fils Christy.
La vie de Glen Hansard ne se résume ni à un film ni à une récompense. Once et l’Oscar de Falling Slowly lui ont offert une reconnaissance mondiale, mais son influence repose aussi sur plusieurs décennies de concerts, sur les albums de The Frames, sur son travail avec The Swell Season et sur une discographie solo exigeante.
Son parcours raconte la possibilité de partir d’une rue de Dublin sans renier cette rue lorsque le succès arrive. Glen Hansard est resté un busker dans sa façon de jouer, de raconter des histoires et de considérer chaque public comme un groupe de passants qu’il fallait convaincre avec une chanson.
Sa voix demeure associée à Dublin, mais aussi à une certaine idée de la musique irlandaise : une musique ouverte sur le monde, profondément narrative et capable de mêler la douleur à l’espoir sans jamais les opposer.